
Ma Bohème,
Arthur Rimbaud
Introduction
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| Présentation de l’œuvre | Rimbaud écrit les 22 poèmes de ce recueil au cœur de son adolescence. Dans ces poèmes, le jeune homme couche sur le papier des sensations et des sentiments. Il propose un rapport immédiat et spontané aux choses, aux gens et aux évènements. Le ton y est tout à tour passionné, léger, moqueur. Ce recueil s’apparente à un véritable hymne à la liberté. |
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| Présentation du poème | Il s’agit du dernier poème des Cahiers. Le mot « bohème » est utilisé par les poètes romantiques pour qualifier leur mode de vie anticonformiste. Ici, avec le possessif « ma » précisé par le sous-titre « fantaisie », le jeune poète Rimbaud s’approprie ce thème romantique. Ce poème apparaît comme une sorte d’art poétique de l’adolescent. On suit ici le jeune poète errant et libre dans une nature inspiratrice. |
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| Projet de lecture | En quoi ce sonnet, qui retrace l’itinéraire d’un poète vagabond, permet à Rimbaud de revendiquer sa liberté ? ou En quoi ce poème est-il un art poétique ? |
| Structure du texte | On peut dégager 2 mouvements dans ce poème : => 1. Les 2 quatrains qui soulignent l’itinérance du poète => 2. Les 2 tercets qui montrent le poète assis au bord du chemin |
Premier mouvement
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Dans ce premier mouvement, l’idée qui jaillit dès le premier vers est celle du déplacement, de l’errance du poète avec le verbe de mouvement à l’imparfait de l’indicatif, à valeur descriptive « je m’en allais », repris de façon anaphorique en « j’allais » v3, on a également au v6, le verbe « j’égrenais dans ma course ».
Cette idée de vagabondage, mise en lumière par le titre « ma bohème », est renforcée par toutes les expressions qui font explicitement référence à ses vêtements abîmés « dans mes poches crevées » v1, « mon paletot aussi devenait idéal » v2 avec le double sens d’ « idéal » (qui signifie « parfait » ou « tellement usé qu’il ne reste que l’idée du paletot), « mon unique culotte avait un large trou » v5. On découvre ici un poète qui, par ses vêtements apparaît comme pauvre, mais revendique une certaine forme de liberté dans cette errance nocturne.
Cette itinérance n’a pas de destination précise, en témoigne le champ lexical de la nature avec des termes qui ne renvoient à aucun lieu particulier: on observe la répétition de « ciel » v3 et v8 et la référence à « la grande Ourse » v7.
Cette nature acquiert une dimension intime avec la présence des articles possessifs « mon auberge » v7 et « mes étoiles » v8 : elle semble protéger le jeune poète de manière bienveillante comme le souligne les assonances en « ou » dans le deuxième quatrain avec « trou », « course » « ourse », « un doux frou-frou » qui confèrent au poème des sonorités douces et rassurantes.
Cette nature prend une dimension merveilleuse (du conte de fée) avec l’interjection renforcée par l’exclamation « oh ! là ! là ! » qui s’apparente à l’expression de joie d’un jeune enfant, l’hyperbole « amours splendides » v4, le verbe rêver et ses dérivés « j’ai rêvées » v4 et « rêveur » v6, la métaphore du poète en « Petit Poucet » v6 qui au lieu de retrouver son chemin en égrenant des petits cailloux blancs, égrène ici « des rimes » mis en valeur par le rejet au v7.
Cette nature est magique et ici, les « étoiles » ont un pouvoir synesthésique puisqu’en plus d’avoir une dimension visuelle, elles ont une dimension sonore, « un doux frou-frou » v8.
Par ailleurs, la dimension orale de ce poème, ainsi que les références à des objets du quotidien « culotte » v5 ou au conte du « Petit Poucet »v6 renvoient à la très grande jeunesse du poète adolescent.
Nous comprenons alors que cette nature est également la Muse qu’il convoque au v3, avec l’apostrophe. Il a pour elle un attachement intime comme le souligne la présence du tutoiement « j’étais ton féal » et il lui est soumis avec le terme médiéval « féal » qui désigne une personne fidèle à une autorité supérieure.
Ces deux quatrains présentent la figure d’un poète vagabond qui ne se soucie pas des conventions sociales et dont l’errance n’a pas de but défini, cette liberté du voyage est aussi une liberté poétique que l’on remarque par les expressions familières orales « oh ! là ! là ! » v4, le rejet abrupt « des rimes » v7 et les deux tirets v6 et 8 qui créent des effets de décalage.
Ces deux quatrains mélangent également différentes tonalités, signe de la liberté créatrice : il associe un vocabulaire abstrait avec les images de « l’auberge à la Grande Ourse » v7 et une dimension très concrète avec « unique culotte avait un large trou » v5, il joue sur les différents niveaux de langue en mêlant un langage noble avec « idéal », « féal » ou poétique avec « Muse et rimes » avec un langage familier avec l’expression « oh ! là ! là ! ».
Deuxième mouvement
Le deuxième mouvement s’ouvre sur l’arrêt du poète qui devient statique, « assis » v9.
On observe alors une dimension sensuelle qui passe par le vocabulaire des sens, les verbes « j’écoutais » v9 et le nom « les lyres » v13 pour l’ouïe, le verbe « je sentais » v10 pour le toucher, la comparaison « comme un vin de vigueur » v11 pour le goût. Cette évocation sensuelle relève de la synesthésie.
On retrouve l’absence de destination précise, avec le complément circonstanciel de lieu « au bord des routes » v9, et de temporalité précise, « ces bons soirs de septembre » v10.
Cependant, son errance reste associée au bonheur et au bien-être avec les termes mélioratifs « bons soirs » v10 et « vin de vigueur » v11 où « vigueur » évoque la vitalité de sa jeunesse.
Dans ces tercets, le jeune poète évoque la dimension créatrice de l’écriture poétique avec des mots qui y font explicitement référence « rimant » (qui fait écho aux « rimes » du v7) v12 et « des lyres » v13, ainsi que le « pied » v14.
Cependant, il semble ici jouer et presque se moquer de la poésie elle-même, car ici les « lyres » sont les « élastiques » (les lacets) v13 de ses « souliers » v14 et le « pied » v14 renvoie aussi bien à la partie du corps qu’au mètre poétique (ici pied = syllabe d’un vers).
Ainsi les références les plus triviales : le poète s’arrête au bord du chemin car il a mal aux pieds, se mélangent avec l’inspiration poétique la plus pure « près de mon cœur » v14.
Certaines expressions semblent même reprendre des topos de la poésie romantique à l’instar des « gouttes/ De rosée » mises en valeur par le rejet v10 et 11 ou les « ombres fantastiques » v12 (ou comme dans les quatrains avec la référence « aux amours splendides » qui avec le « oh ! là ! là » prend une dimension presque ironique) pour mieux s’en moquer.
Dans ces deux tercets, la liberté poétique se réaffirme en prenant une autre forme : ici, il s’agit davantage de se mettre à distance des topos de la littérature pour affirmer son originalité.
Conclusion
| Bilan | Dans ce dernier poème, Rimbaud se met en scène comme un jeune poète pauvre, libre et amoureux de la nature. Le recueil s’achève sur un texte montrant l’aspiration fougueuse à l’émancipation : Rimbaud choisit la forme traditionnelle du sonnet mais il en subvertit les codes. Ainsi, ces vers dédiés à la liberté de la jeunesse sont aussi un sonnet en liberté. |
| Ouverture | La thématique du vagabondage est récurrente dans l’ensemble du recueil. Dès le poème intitulé Sensation, on sent cet attachement sensuel à la nature, ce plaisir des sens lié à la liberté d’errer sur les chemins. Mais l’amour infini me montera dans l’âme, Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, – heureux comme avec une femme. |
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