Etude du Dormeur du val

Le Dormeur du Val,

Arthur Rimbaud

Introduction

Présentation de l’œuvreRimbaud écrit les 22 poèmes de ce recueil au cœur de son adolescence.

Dans ces poèmes, le jeune homme couche sur le papier des sensations et des sentiments. Il propose un rapport immédiat et spontané aux choses, aux gens et aux évènements.

Le ton y est tout à tour passionné, léger, moqueur.

Ce recueil s’apparente à un véritable hymne à la liberté.

Tu peux lire le poème maintenant !

Présentation du poèmeCe sonnet, intitulé « Le Dormeur du Val » présente un soldat qui semble endormi au cœur d’une nature apaisante.

La chute nous ramène à la brutale réalité de la guerre Franco-Prussienne de 1870, car loin de se reposer, le soldat est mort.

Ou tu peux lire ici !

Projet de lectureComment les euphémismes utilisés pour dévoiler progressivement l’état du soldat soulignent-ils l’indicible horreur de la mort ressentie par le jeune poète ?
Structure du texteOn peut dégager 3 mouvements :

=> 1. 1er quatrain : il fait la description d’un cadre naturel enchanteur.

=> 2. du v5 à 14 jusqu’à « Tranquille » : on a la description du soldat avec une multiplication des indices de sa mort.

=> 3. fin du v.14 « ll a deux trous rouges au côté droit » : chute du poème qui invite à relire le 2ème mouvement pour mieux cerner le sens des indices.   

Premier mouvement

Dans le 1er quatrain, on retrouve la description d’un cadre naturel qui s’anime sous nos yeux.

En effet, les 3 premiers vers (jusqu’au rejet au début du v4 « luit ») se construisent avec des personnifications des éléments naturels, ainsi la « rivière » « chante » ou « accroch[e] follement aux herbes des haillons » avec l’adverbe « follement » qui confère une dimension festive et vivante au paysage, on trouve également la « montagne » qui fait preuve de fierté.

Le v1 s’ouvre sur un présentatif « c’est » qui amène une définition, cependant, cette première définition est très subjective et lyrique.

C’est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’Argent, où le soleil de la montagne fière

Luit

On note un élan poétique spontané perceptible par les jeux de lumières et de sonorités, avec le verbe « chanter » qui renvoie à l’ouïe et les allitérations en « d » « herbes des haillons d’argent » ou le vocabulaire de la lumière avec « soleil », « argent » et le verbe « luit ».

Ces jeux sont mis en valeur par les rejets « d’argent » et « luit » v3 et 4 qui soulignent que l’inspiration poétique déborde le poète qui déborde du vers.

Le poète semble se recentrer à la fin du 1er quatrain en proposant une définition plus synthétique introduite par les deux points et à nouveau le présentatif « c’est » (créant une répétition anaphorique).

C’est un petit val qui mousse de rayons

Le paysage se condense dans l’expression « un petit val » tout comme la dimension légère, vaporeuse décrite par les métaphores précédentes se concentre dans la subordonnée relative « qui mousse de rayons », avec un effet de reflet de lumière souligné par « rayons ».

Deuxième mouvement

Dans le 2ème quatrain, on passe à la description d’un soldat.

L’article indéfini souligne bien l’idée de découverte du jeune poète qui vagabonde dans la nature.  

Un soldat, bouche ouverte, tête nue,

Ce v.5 est construit sur un rythme ternaire et donne des indications physiques sur le soldat.

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dès le v.6, à l’aide de la conjonction de coordination « et », on note un effet d’ajout qui va infléchir la neutralité de la description.

Ici, certains indices viennent nuancer ce portrait : la lumière du 1er quatrain est remplacée par le complément circonstanciel de lieu « frais cresson bleu » qui apporte l’idée de froideur avec l’adjectif « frais » et la couleur froide « bleue ».

Dort; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert, où la lumière pleut.

Dans les v.7 et 8, le poète semble se raccrocher à l’idée que ce soldat « dort », comme le souligne le rejet au début du v7 « dort » puis le champ lexical du sommeil « étendu » v7 et « lit vert » v8.

Cependant, plusieurs indices introduisent déjà l’idée de la mort avec l’adjectif « pâle » mis en valeur en tête du vers 8 ou encore la couleur froide « vert » dans « lit vert » ou encore la personnification de la lumière qui « rayonnait » et qui maintenant « pleut ».

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant

Comme sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Le 1er tercet s’ouvre sur la référence aux pieds du soldat, entre ces deux strophes (2ème quatrain, 1er tercet), on constate que le regard du poète a balayé son corps de haut en bas. On est passé de la  « nuque dans le cresson » aux « pieds dans les glaïeuls » or les « glaïeuls » sont des fleurs qui symbolisent la mort, souvent déposées sur les tombes des êtres chers.

Le jeune poète refuse cette idée de mort comme le souligne l’euphémisme « il dort » mis en valeur après la césure à l’hémistiche ou le 2nd euphémisme « il fait un somme » v10.

Le contre rejet « souriant comme » introduit une comparaison qui va s’avérer particulièrement inattendue « sourirait un enfant malade » qui fait à la fois écho à « pâle » et à « jeune » du 2ème quatrain. Cette comparaison revêt une dimension pathétique qui attise la compassion du lecteur, on a l’impression que le poète s’identifie au jeune soldat et éprouve de la pitié à son égard.

Et d’ailleurs, dans le dernier vers du tercet, il interpelle la « Nature » personnifiée à l’aide de l’apostrophe et de l’impératif « berce-le » pour lui demander de l’aide et protéger le soldat.

L’antithèse entre l’adverbe « chaudement » et l’adjectif « froid » qui clôt » le vers renforce cette idée qu’il faut prendre soin du pauvre soldat.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille.

Le dernier tercet s’ouvre sur un vers à la forme négative « ne font pas » qui insiste sur ce qui n’est plus : le soldat a perdu le sens de l’odorat (ce qui s’oppose à la fête des sens observée dans le 1er quatrain au moment où le poète découvre cette nature enchanteresse).

Le v13 prend un caractère solennel, le poète répète une troisième fois que le soldat « dort » comme si sa mort relevait de l’indicible, de l’inacceptable. Ce caractère solennel est rendu par le rythme classique de l’alexandrin avec le balancement à la césure et par l’expression « la main sur sa poitrine » qui renvoie à la gestuelle militaire du soldat.

Le dernier rejet « tranquille » au début du v14, clôt cette description sur une idée de sérénité mais qui renvoie également par euphémisme à l’idée de mort.

Troisième mouvement

Il a deux trous rouges au côté droit.

Le dernier mouvement est constitué de la fin du v14.

Il s’agit de la pointe du sonnet qui dévoile de façon percutante la mort du soldat.

On est passé du « trou de verdure » de la nature enchanteresse aux « deux trous rouges » sur le corps du soldat qui désignent de façon implicite une blessure mortelle.

Cette toute fin de poème est une invitation à relire le texte pour comprendre comment le poète a métamorphosé ce paysage et ce soldat en une vision poétique positive.

Dès le v1, le terme « trou » avait des connotations négatives (mort, prison), tout comme le terme « haillons » ou encore le verbe « mousse » qui peut renvoyer à l’écume sur les lèvres d’un agonisant.

Tout au long du sonnet, les compléments circonstanciels de lieu et de temps « dans l’herbe, sous la nue » ont permis de construire l’image d’un écrin, paisible et agréable dans lequel dort le jeune soldat et qui s’avère être en fait un véritable cercueil naturel.

Conclusion

BilanDans ce sonnet, Rimbaud construit une vision de la nature idyllique grâce au lyrisme.

Il se refuse à accepter la mort du soldat qui perturberait cette vision par l’emploi des nombreux euphémismes.

Il y a une sorte d’impossibilité à dire la mort, à l’accepter dans ce paysage. Il reste jusqu’au bout dans l’implicite et utilise des images pour faire comprendre au lecteur la réalité de ce qu’il voit.

Ce poème permet de souligner comment les évènements militaires de l’époque, comme en témoigne la date d’octobre 1870, influent sur l’élan poétique du jeune homme. En effet, il s’agit ici de montrer comment la mort contamine une nature enchanteresse et la vision d’un monde enfantin et paradisiaque.
OuvertureOn peut établir un parallèle avec les représentations d’Ophélie, personnage de Shakespeare. La jeune fille est souvent représentée dans un écrin de verdure, et le spectateur peut se demander si elle est morte ou vivante. Rimbaud consacre d’ailleurs un poème à ce personnage d’Ophélie dans le recueil.

Ophelia, John Everett Millais, 1851-1852

Réponse

  1. Avatar de Les objets de la révolte dans les Cahiers de Douai – Mission Bac français

    […] Dans le « Dormeur du Val », l’adolescent vagabond évoque avec une pudeur juvénile cette horreur de la guerre. => Voir l’analyse du Dormeur du Val […]

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