Le Dormeur du Val

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons[1]
D’argent ; où le soleil de la montagne fière,
Luit[2] : C’est un petit val[3] qui mousse[4] de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson[5] bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue[6],
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls[7], il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Octobre 1870


[1] Haillons : vieux lambeaux d’étoffe usée. Ici, l’emploi est métaphorique

[2] Luit : verbe luire, briller

[3] Val : vallée

[4] Mousse : verbe mousser, qui crée de la mousse, idée de légèreté, ensemble vaporeux

[5] Cresson : plante à petite feuille ronde

[6] Nue : le ciel

[7] Glaïeuls : plantes dont les feuilles sont en forme de glaives. Il s’agit ici du glaïeul d’eau ou fleur de glais.

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